Qui suis-je? Appelle-moi «Raven»

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Qui suis-je? Appelle-moi «Raven»

Message  Raven Redgrave le Dim 15 Aoû - 19:27

Nom de famille (Complet) : Redgrave dite Blood
Prénom : Raven
Titre : Comtesse de Moonshire, co-directrice de la Silver and Blood Company
Age : Inconnu mais semble avoir 12 ans physiquement
Type : Vampire
Nationalité : Romaine (se prétend anglaise)

Description Physique :

Raven a en tout point l’apparence d’une petite fille de 12 ans, au jeune corps fragile mais pourtant bien solide. Ses cheveux courts sont d’un noir de jais, toujours raides ne touchant qu’à peine ses épaules ou attachés de bien des façons (sa préférée étant sa grande mèche de cheveux d’un côté, mettant l’accent sur l’asymétrie de sa coupe). Elle possède une frange adorable lui tombant devant les yeux. Yeux qui sont d’ailleurs d’un vert pâle tirant parfois sur le gris acier. Raven est d’une taille tout à fait banale pour une enfant de son âge. Elle adore essayer de nouveaux vêtements et a penché récemment pour le style victorien (d’où son arrêt à Londres pour un moment). Elle modifie un peu la mode du temps pour lui conférer le style gothique lolita qui lui est bien propre. Ainsi, tout vêtement qui rappelle le sombre et le mignon à la fois lui sera d’intérêt. Les styles plus classiques ne sont pas à éviter, mais elle a un faible quant à attirer l’attention, se démarquer. Le noir et le blanc sont ses couleurs préférées, à ajouter au rouge carmin. C’est pourquoi elle porte le plus souvent un accessoire de couleur rouge (ruban, fleur, nœud papillon, boucle, etc) pour compléter ses ensembles «colorless». Car en plus d’être «timeless», Raven aime bien se dire «colorless», comme si, en plus du temps, même les couleurs ne pouvaient l’atteindre, elle qui est morte…

Description Psychologique :

Si elle semble avoir l’air d’une petite enfant bien ordinaire, Raven a bien plus d’expérience que ses supposés 12 ans. Qui ira se douter qu’elle a peut-être plus de 1500 ans? Rien n’est plus inconnu que son âge, car elle-même a cessé de le compter une fois sa rencontre avec un curieux personnage. Bref, Raven a vécu assez pour n’être plus que blasé de toute cette existence. Elle a tendance à s’ennuyer plus aisément, à se rechercher une occupation à tout prix, car «tuer le temps» est plus dur qu’on ne le croit. Et ayant presque tout vu, tout essayé, Raven a besoin de changement, de choses différentes constamment. Elle cherche donc de quoi s’occuper, tout en visant à combler ses besoins primaires d’attention, de nourriture, d’affection (plus souvent voulue sous forme d’admiration, de respect, de dévotion). Raven adore être le centre du monde. La vie mondaine lui plaît, la divertit, la tient occupée. Enfant gâtée, me direz-vous? Oui, et elle sera fière de dire qu’elle est narcissique, arrogante, fendante, égoïste, égocentrique, gourmande, et donc pécheresse en tout point! Raven ne s’occupe que d’elle, pas de soucis pour les autres à moins d’en tirer profit, d’en voir un quelconque intérêt. Elle ne fera rien pour les autres gratuitement («Nothing is free, you know?» vous répondra-t-elle en souriant). Son allure innocente sauve son image publique mais c’est une véritable comploteuse, manipulatrice, profiteuse, hypocrite, menteuse de première. Moins adorable que tout à l’heure, hein? Malgré que son corps reste inchangé, elle a tout de même mûrit, développé de meilleures techniques pour tromper les gens, apprit de ses erreurs et essais mais conservé un fort caractère d’enfant. Elle veut tout, maintenant, sans délai, pour elle seule. Capricieuse, maligne, rusée, joueuse de tours. Elle est aussi obstinée que n’importe quelle autre enfant, susceptible, persuadée que sa vision est la meilleure et butée à vouloir que tous rejoignent son point de vue. Et elle arrive bien souvent à ses fins…peut importe les moyens. Raven arrive pourtant à faire preuve d’une grand maturité par moments, prendre les bonnes décisions, le temps de réfléchir, peser la situation. Vive d’esprit et intelligente, bien qu’elle change parfois d’état d’âme à grands coups d’émotion, elle sait tout de même reprendre contrôle d’elle-même, garder son sang froid, sa tête haute et ses idées claires. Tantôt impulsive, tantôt prudente, Raven oscille entre ses deux aspects de sa personnalité.

Description des aptitudes :

Raven est (pour ceux qui connaissent World of Darkness) une Tremere. Elle possède les capacités de Dominate, Thaumaturgie et Auspex.

En d’autres mots, elle manipule les esprits, peut donner des ordres, imposer des tâches, contrôler même un corps à sa guise (à son plus fort niveau), qui dans son cas est 5, dû à ses nombreuses années d’expérience. Mais elle peut également manipuler le feu, de la petite étincelle au creux de la main, à la colonne de feu monumentale dans ses meilleurs moments (influencés par chance et contrôle). Sa dernière discipline consiste à pouvoir détecter les auras des gens. C’est la moins puissante de Raven car elle ne s’en est pas vraiment souciée, préférant apprendre l’art de la manipulation des esprits et de celle du feu. De plus, Raven est dotée d’un puissant instinct qui lui permet de savoir, la plupart du temps, à qui elle a affaire sans même utilisé ses dons.

Description du domaine :

Raven s’est fait construire un grand manoir à son image : imposant, rappelant parfois une allure gothique par sa stature sombre mais pourtant superbe, conservant toutefois une architecture victorienne. Le grand manoir de marbre blanc comporte d’immenses fenêtres tant sur sa façade qu’à l’arrière, donnant une vue sur les jardins de devant ainsi que sur la cour de derrière. Le manoir a des volets noirs en extérieur tandis que de lourds rideaux de velours noirs se retrouvent à l’intérieur, bloquant les rayons meurtriers du soleil, une fois le jour venu. Le bâtiment comprend trois étages dont un grand escalier grimpant du hall jusqu’au premier étage. Le rez-de-chaussée est constitué du hall, une fois les massives portes de bois franchies, à droite se trouve la cuisine et la salle à manger tandis qu’à gauche se situe le premier salon, le plus grand, permettant d’y recevoir n’importe quel invité, particulier ou en grand nombre. Annexé à ce salon se trouve la salle de bal, somptueusement décorée et bien vaste. Débouchant de ce lieu de danse, il y a le balcon qui donne sur la cour et où il fait bon de se retirer pour prendre l’air entre une valse et un fox-trot. De retour à l’intérieur, sous l’imposant escalier (de marbre également), il y a un couloir qui mène à une verrière, avec vue sur le balcon et la cour. En montant le grand escalier, on accède au premier étage où droit devant nous se trouvent les portes de la grande bibliothèque dont les étagères atteignent le plafond. Raven appelle ce lieu «son bureau» et elle s’y refuge afin d’«apprendre» et d’«étudier» l’Histoire, les sciences physiques, mathématiques, mécaniques et autres aussi bien que les arts occultes et les légendes fantastiques. Avide de connaissance, la bibliothèque est une de ses pièces maîtresses. De chaque côté de celle-ci s’étalent de longs couloirs aux nombreuses portes donnant notamment sur des chambres, rendant le manoir un endroit tout à fait ouvert aux grandes réceptions. Un second salon, plus petit, plus intime et nettement plus privé, se situe à cet étage. Le troisième étage est accessible par un escalier au fond du couloir de gauche et est généralement réservé à Raven et certains particuliers. Sa chambre se situe au troisième étage, ainsi que d’autres pièces comme son atelier, son petit laboratoire d’astronomie (notamment dans la petite tourelle jointe au manoir, comportant une vitre au plafond), son boudoir, son walk-in, etc. Les chambres des domestiques se trouvent également à cet étage, afin d’être toujours le plus près de la maîtresse. Le manoir comprend également un sous-sol bien aménagé, composé notamment en grand partie d’un grand atelier/forge/laboratoire où Raven crée ses armes, les teste, leur ajoute une touche particulière. Une pièce du sous-sol est aménagé en un salon gothique, divans de velours rouge sang et dentelle noire, chandeliers accrochés aux murs. C’est le lieu de rendez-vous pour ses contacts plus «obscurs». Une pièce jointe peut être utilisée pour les réunions tenues sous silence, impliquant peut-être quelques actes magiques, ritualiques…

L’extérieur du manoir est un domaine immense ceinturé d’une grande clôture de fer forgé. Pour entrer au manoir, il y a un long chemin de pierres à parcourir, bordé d’arbres et passant sous une arche de fer forgé également auquel des rosiers se sont entortillés. De chaque côté de cette allée se trouvent des rangées de fleurs magnifiques, aux couleurs éclatantes et aux effluves enchanteresses. Des cèdres bordent les murs du manoir jusqu’aux marches d’escalier. L’arrière du manoir est encore plus vaste et se perd dans un petit boisé. Un grand bassin d’eau de forme rectangulaire se trouve en plein centre de la cour, une fontaine dominant ce bassin. Sur les côtés sont encore éparpillés des fleurs locales ou exotiques, ainsi que des arbustes venant délimités les différentes zones des jardins, striés de chemins de pierres. Un gazebo isolé termine les jardins, à l’orée des bois.

Histoire : Mon histoire? Vous voulez vraiment la savoir? C’est que, ça risque d’être long. Enfin, si vous y tenez…

Je suis née en l’an 39, à Rome, sous le nom de Julia Drusilla. Ma mère s’appelait Caesonia Milonia et mon père n’était autre que l’empereur connu sous le nom de Caligula. J’ai reçu le même nom que celui de ma défunte tante, tant aimée de mon père.
Il paraît que dès que je jouais avec d’autres enfants, je tentais de les attaquer et de leur griffer les yeux. Amusant car, c’est alors qu’il devint incontestable que j’étais bien la fille de Caligula et, par cette violence, je le rendis fier. J’étais son enfant. Mais pour bien peu de temps.

Deux ans plus tard, en l’an 41, un assassinat avait été comploté par la Garde prétorienne. L’assassinat de Caligula. Je n’appris la tournure des événements que bien plus tard mais certaines images restent gravées dans ma mémoire. Notamment ma mère périssant sous le glaive d’un centurion et mon propre corps frêle être jeté contre un mur. On déclara la famille impériale comme entièrement morte. Mais ça n’était pas le cas. Je vivais toujours.

Je me suis réveillée plus tard dans une maison différente. Une modeste habitation bien plus petite que le palais de mes souvenirs. Il y avait un homme à mes côtés. Quelqu’un que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais vu. Mais lui semblait me connaître. Lui avait en fait dérobé mon corps du lieu du massacre. Je lui devais ma vie. Il m’en donna une autre. Mon nom fut raccourci à Julia et la nouvelle passa dans tout l’empire romain que tous les membres de la famille de l’empereur avaient péri. Je n’existais plus comme héritière de Caligula. Je n’étais plus que la fille d’un étranger à la peau livide et sans défaut, au regard de braise et au toucher glacé. Markus.

Au final, je n’avais pas vraiment connu mon père. Ma figure paternelle devint plutôt cet inconnu. Car à deux ans, celui qui me logeait, me nourrissait, jouait avec moi ne pouvait être autre que mon père, non? Je grandis ainsi aux abords de Rome jusqu’à l’âge de 12 ans. Une vie sans encombre, tout à fait normale pour l’enfant que j’étais, heureuse, choyée, ne manquant de rien sous la bienveillance de son «père». Père qui, étrangement, ne vieillissait pas, ne gagnait aucune ride, aucun défaut, aucune maladie mais répugnait à rester longtemps exposé au soleil et sortait le soir pour ne rentrer que très tard, plus jeune et beau encore. Je lui avais déjà demandé pourquoi il ne changeait pas quand moi, je grandissais. Il répondait que c’était son secret, et qu’il le partagerait lorsque j’aurais plus de 18 ans.

Je vécus donc l’idylle jusqu’à mes 12 ans. Cet hiver-là, je fus gravement malade. Une épidémie s’était abattue sur Rome, peut-être même en dehors. Les médecins annonçaient que ma fin était proche et mon père fou d’inquiétude à mon chevet me rassurait que je survivrais. J’avais peur, mais lui encore plus que moi. Et parce qu’il craignait plus de me perdre que de me faire du tort qu’il finit par céder et revenir sur une de ces décisions. Il partagerait son secret plus tôt que prévu et me ferait «devenir comme lui».

Spoiler:

Il me mordit d’abord, planta des canines plus pointues que la normale dans mon cou, me vidait d’une partie de mon sang puis m’offrit du sien. Le goût métallique du sang ne m’écoeura qu’un court instant avant de se transformer en nectar. Mais avant de pouvoir en demander plus, je me tordis de douleur, comme déchirée de l’intérieur, me sentant mourir, découpée en morceaux, chaque parcelle de ma chair brûlant, lacérée. Mon père demeurait calme, m’expliquait que c’était normal. Et aussi soudainement qu’elle était apparue, la souffrance cessa. Et je me mis à changer aussi. Mes cheveux noirs devinrent lustrés, d’un nouvel éclat de beauté. Mes yeux sombres brillèrent d’une lueur incandescente. Ma peau pâlit à son tour, mes canines poussèrent –je jouai avec ma langue sur chacune d’elles- et mon corps se refroidit comme à la mort, sans toutefois m’emporter vers le trépas. Je ne m’étais jamais sentie aussi vivante à vrai dire.


C’est alors que ma véritable existence commença. Nous partirent en voyage, quittèrent Rome à la recherche de l’inconnu, de paysages plus beaux encore, de langues différentes à apprendre, de sangs nouveaux à goûter. Nous étions lancés sur la route, des voyageurs sans frontières et sans barrière que le lever du jour uniquement. Car aussi puissants que nous étions, le soleil demeurait meurtrier pour nos cadavres animés. J’appris bien vite comment vivre de cette «vie», comment approcher les humains aisément, gagner leur confiance pour ensuite les vider aussi simplement qu’un verre d’eau entre mes mains. Les aliments n’avaient plus aucune saveur et aucun breuvage n’étanchait ma soif. Ce qui pouvait me sauver, c’était le sang. Ma survie dépendait de la mort d’autrui. Cette moralité ne me troubla pas plus qu’il ne le fallait et j’évitais de me poser des questions à savoir si je le méritais vraiment de faire périr pour prolonger mon existence et ma jeunesse. J’étais en vie, je voulais le rester et j’écrasais ceux sur mon passage qui tenterait de m’en empêcher.

Markus et moi voyagions, passant presque le tour du monde à travers les âges, changeant de villes souvent afin de ne pas attirer l’attention, restant au maximum 5 ans avant de déménager. Car il aurait été suspect de constater que ni lui ni moi ne grandissait, ne gagnait une ride, ne vieillissait tout simplement. Et puis, nous avions déjà une réputation de «gens étranges» à demeurer cachés pendant le jour. Une «allergie au soleil» était notre excuse, bien que nous évitions les médecins…un quelconque examen aurait conclu que nous deux corps étaient morts, et depuis longtemps! Alors nous nous déplacions. Quelques années et puis nous repartions, comme si nous n’avions jamais dérangé la ville. Mis à part les quelques morts inexpliquées desquelles nous devions éviter d’être soupçonnées.

Un jour pourtant, nous avons été découverts, aux alentours du 12e siècle. Et les habitants du village où nous restions (quelque part en France) nous ont condamné à mort pour nos crimes. Ils ignoraient tout de la sorcellerie (au moins) et nous ont pris pour des humains. Nous avons évité le bûcher mais pas le tombeau. Je fus poignardé et, sous les conseils de Markus, je me laissai passer pour morte et enterrée dans un cercueil. Bien que j’avais déjà l’habitude de dormir dans l’un de ces lits de mort, je n’appréciai pas d’être ainsi jetée dans un trou et recouverte de terre. Le sentiment de suffocation me prit tout de même et, non claustrophobe, j’avais tout de même hâte de sortir respirer l’air frais du soir et la liberté du dehors.

Spoiler:

Le plan était d’attendre Markus. Attendre qu’il vienne me chercher lorsqu’il serait libéré.

Alors j’attendis.

Et j’attendis.

J’attendis.

Mais il ne vint pas.

Et je ne sais combien de temps passa. Mais à ce qui me semblait une éternité pouvait bien être une semaine. J’avais atteint ma limite, j’étais si faible. Il fallait que je boive. D’heure en heure, je m’affaiblissais. Je perdais mon souffle. Je commençais à avoir peur, vraiment peur de mourir dans ce cercueil. La panique s’empara de moi aussi violente que la soif qui m’indiquait combien je souffrais du manque de sang. Je griffai le bois de mon cercueil, le martelai de mes petits poings d’enfant. Je grattai désespérément jusqu’à en fendre le bois, jusqu’à toucher la terre. D’un bon coup de poing, je fracassai le dessus du cercueil, arrachai ensuite une bonne latte de bois et me mis à creuser dans le sol, enfonçant mes ongles dans la terre et grimpant vers la surface. De coups de pieds je démolis le cercueil qui me tenait prisonnière…et tout le poids du sol s’effondra sur moi, me coupant le souffle, menaçant de broyer ma frêle cage thoracique. Je poussais la terre, tendant les bras vers le ciel, priant pour atteindre la surface après chaque poignée de terre que mes mains emprisonnaient frénétiquement. Je devais rester calme mais je sanglotais sans même le vouloir, sans pouvoir m’en empêcher. Des larmes de sang ruisselaient sur mes joues. Si j’avais craint la mort, c’était véritablement à ce moment. Ma main perça toutefois le sol et je parvins à m’extirper de mon tombeau, mes vêtements déchirés, mon corps ensanglanté, mes mains couvertes de terre, mes cheveux emmêlés, ma peau livide, blême...et mon regard animal, assoiffé. J’étais en vie. Une fois sortie de terre, je bénis le ciel de m’avoir épargné. Si Dieu existait, il avait écouté mes prières, avait sauvé la pauvre enfant que j’étais. J’aplatis le sol d’où j’étais sorti, dissimulant le retour d’une morte parmi les vivants, et me traînai jusqu’au village.

J’étais toujours aussi effrayée d’être seule et abandonnée et je me mis à la recherche de mon maître, Markus. Que je ne trouvai pas. Ni à ses endroits préférés, ni à nos cachettes, ni nulle part à m’attendre. Je me cachai lorsque j’arrivai en vue du village (car le cimetière était en retrait de celui-ci, particulièrement le cimetière réservé aux exécutions). Lorsque j’atteignis les maisons, une odeur horrible me saisit à la gorge. Je vis une grand lumière émaner de la place publique du village et des voix me parvenaient, fortes, puissantes, elles criaient, injuriaient, blasphémaient. Une seule pourtant me perça le cœur. Un cri d’agonie me déchira les entrailles, fendit mon âme. Markus. Markus brûlait vif! Et cette odeur n’était autre que sa chair dévorée par le feu. Cette odeur écoeurante qui me fit vomir du sang, le peu de sang qu’il me restait. Perchée sur un toit, je le vis. Je vis mon père brûler, son visage tordu, déformé par la douleur. Il ne me vit pas. Mais je vis tout. Et à son dernier hurlement se joignit le mien. Mon hurlement d’horreur, de désespoir. Son corps s’effondra en cendres sous les acclamations de la foule. Personne ne me prêta attention. Pas plus qu’à un enfant qui ne pourrait soutenir un tel spectacle. Certains se retournèrent mais assumèrent qu’une petite fille avait seulement été dégoûtée de cette vision. Mais qui se serait douté qu’un Immortel venait de s’éteindre? Qu’une petite fille venait de perdre sa seule famille, son père, son protecteur?

Ce qui se passa après reste flou à ma mémoire. Avoir vu périr mon maître dans les flammes par la faute de ses humains en était trop pour moi. Je…perdis le contrôle de mes gestes. Je me souviens d’avoir sauté du toit, m’être tapie dans l’ombre pour attendre que la foule se disperse et de m’être jetée sur le premier humain qui passa près de moi. Je devais boire mais je ne fis pas que le vider de son sang. Non, ma soif ne s’arrêtait pas à de simples besoins physiques. J’avais besoin de tuer. J’avais soif de vengeance. J’avais à présent pour désir d’assassiner dans d’atroces souffrances le village au complet. Tous ceux qui avaient immolés mon père allaient mourir de la même manière! Cette rage qui m’habitait m’apparaissait sans bornes! Le premier homme dont je m’abreuvai devoir avoir la trentaine. Je l’empoignai à la gorge, lui arrachai le visage de mon autre main et le vidai en quelques secondes à peine, pompant le sang directement de ses lèvres dans un baiser mortel, étouffant par le fait même ses cris de souffrance. Mon premier meurtre du soir serait silencieux…Je pris soin de déchirer son corps en lambeaux, passant mes griffes sur sa chair, lacérant le tout avec aisance, «comme dans du beurre»! J’arrivais à casser ses os d’une seule pression. Je découvris ce soir là l’ampleur de mes pouvoirs, encore insoupçonnés! Je découvris que j’avais le pouvoir sur la chose qui m’effrayait le plus.

Laissant le corps derrière moi, si encore il était possible de dire qu’il s’agissait bien d’un corps, je comptais m’emparer de ma prochaine victime lorsque je remarquai que je n’avais pas uniquement lacéré sa chair. Je l’avais fait fondre. Ses vêtements, sa peau, ses os avaient fondu, brûlés, au contact de mes mains. Je levai les mains vers le ciel, les regardai. Elles étaient rouges comme du fer jeté au feu! Un sourire naquit sur mes lèvres couvertes de sang. Maintenant que j’étais rassasiée, ma vengeance allait commencer…

Le village fut mis à feu et à sang en très peu de temps. J’entrais dans une maison, je touchais les meubles, les gens l’habitant et tout prenait feu! Mon rire perçait la nuit, suivit des cris de mes victimes qui imploraient ma pitié, ne comprenant pas ce qui se passait. Je jubilais. Tout ce que je touchais mourraient devant moi, devenant cendres et chair brûlée. L’odeur que je trouvais écoeurante plus tôt devint pour moi nécessaire! Et leur souffrance…je m’en abreuvai, m’en régalai bien plus que de leur sang! Leurs cris, leurs pleurs, leurs hurlements me nourrissaient bien plus que leur sang! «Ah the sweet taste of revenge»…Je me rappelle encore le sentiment de paix qui m’habitait plus je tuais. Markus fut vengé. Le village brûlé. Chaque habitant assassiné, périssant sous mes mains chauffées à blanc. Des flammes dansaient dans mes paumes avant que je ne me mette à tout incendier. J’étais émerveillée par ma puissance. Je pouvais projeter le feu devant moi en un rayon meurtrier. Mais je devais m’éloigner des flammes…

Une fois chaque maison ravagée, chaque âme qui vive brûlée, déchirée, bue, je quittai le village et laissai le tout comme un bête accident. Une exécution au bûcher ayant mal tourné. Je disparus, satisfaite.

Je pleurai longtemps Markus. Car une fois la satisfaction de ma vengeance dissipée, la solitude fut pour moi très lourde à porter. Je n’avais jamais été seule. Je ne comprenais encore pas très bien ce qui c’était passé. Il n’était pas question de brûler Markus au départ. J’aurais du fouiller leurs esprits pour savoir ce qui c’était vraiment passé. Peut-être Markus était-il venu me chercher et ils l’avaient vu? Peut-être avait-il fait appel à ses pouvoirs et ils l’avaient cru démoniaque? D’où l’idée de le brûler immédiatement aurait été logique. Mais j’ignorais combien de temps j’avais passé sous terre, n’ayant aucun repère du jour ou du soir. Oh Markus…je ne saurai jamais ce qui causa ta mort. Je ne saurai jamais si j’en suis responsable, si je dois en porter le blâme…

Je vécus par la suite des siècles dans la peur. La peur d’être découverte et de devoir brûler moi-même. Je me cachais partout où j’allais, dans toutes les villes, je me terrais dans les cimetières, dans les mausolées, à l’abris du soleil pour ne sortir que la nuit et tuer. Je finis par aimer les cimetières, après avoir été un lieu qui me terrifiait, j’en fis mon refuge. J’étais la petite fille vêtue de noire qui se promenait entre les tombes…ou peuplait le sol de nouveaux trous! Parfois je m’amusais à regarder les noms inscrits sur les pierres, à rechercher les membres vivants de ces familles, les suivre, les observer, voir leurs vies puis les tuer et regarder d’autres hommes venir gravés leurs noms aux côtés des leurs, les déposer sous la même pierre, reposer avec les autres. Ce fut un jeu qui m’occupa l’esprit un moment. Mais comme tout jeu, je m’en lassai…

Et je me concentrai sur la manipulation du feu (Thaumaturgie). Comment me servir de mes pouvoirs de façon avantageuse, pas trop voyante, utile. Et bien, dissimuler mes meurtres en incendies m’aidait beaucoup. On ne recherchait donc pas une créature inconnue mais un simple pyromane. J’évitais d’être pointée du doigt. Ou presque. Je me faisais passer pour une petite orpheline vivant dans les rues. Mais j’aspirais à une meilleure vie que celle là. Je méritais mieux. Alors je me mis à apprendre la manipulation des esprits (Dominate). De simplement lire dans les pensées à imposer un ordre à quelqu’un, je voulais dominer les humains. Du moins, quelques uns afin de m’inclure dans la société, m’inventer une vie, me trouver un logis, une protection. À cela, j’y pris un plus grand plaisir encore qu’à brûler ou même à tuer. Mais malheureusement, la chasse aux sorcières me rattrapa…

Vers la fin du 15e siècle, suite à la publication du Malleus Maleficarum, la recherche active des sorcières et leur élimination par l’Inquisition ne fit que s’accroître. Dans ce document, on disait comment les reconnaître, comment discerner la magie, la sorcellerie, bref, j’étais en plus grand danger qu’auparavant encore et les persécutions à venir n’allaient rien arranger. Je décidai de cesser l’utilisation du feu et de ne travailler que sur le modelage des esprits…pourtant je ne pus échapper aux doutes et forcée de fuir tout le temps, je fus tout de même rattrapée par les rumeurs à mon sujet : non-vieillissement, teint de mort, yeux étranges…le bûcher fut vite désigné pour moi. Il en fallait de peu dans ces temps de terreur. Un seul petit doute et on préférait l’exécution immédiate plutôt que de courir le risque de laisser un monstre en liberté. Cette fois, je ne pus m’échapper aussi bien que les autres et je fus enchaînée afin d’être brûlée. Je voyais ma fin arriver. Je me savais finie. Ma vie, assez longue, avait assez duré semblait-il…

Mais cet alors qu’il se produisit une chose incroyable. Dans la foule, alors que je parcourais des yeux tous ces gens prêts à voir une fillette brûler vive, mon regard s’arrêta sur un homme. Un homme étrange. Il se démarquait de tous les autres car…il était habillé différemment. Des vêtements que je n’avais vu auparavant. Et cet homme me fixait avec un étrange sourire aux lèvres. Je le quittai des yeux en voyant mon bourreau incendier le bois sous mes pieds. Avec mes mains liées, je ne pouvais tenter de contrôler le feu (même si je ne crois pas que j’aurais pu y faire grand-chose). Pourtant, c’est alors que l’homme que j’avais aperçu dans la foule apparu à mes côtés. Une seconde, il était parmi les villageois et l’autre, il était à côté de moi. Il me souriait toujours, candidement mais ses yeux…ses yeux bleus brillaient d’une étincelle de malice. Ses cheveux étaient blancs comme neige et sa voix douce et profonde.

-Julia Drusilla, your day hasn’t come yet.

Je ne compris pas ce qu’il dit et le regardai plutôt surprise. La foule réagit avec stupéfaction de voir l’homme être arrivé à moi aussi vite, sans courir, sans trace de mouvement. Je ne comprenais pas moi-même. Mon bourreau s’avança vers nous et l’homme étrange se pencha vers moi, brisa mes chaînes, entoura ma taille et nous disparûmes. Avant que j’aie pu réagir, le décor changea. Je ne ressentais plus la chaleur mordante des flammes, je n’entendais plus la foule s’étonner, je ne voyais plus le village. Il n’y avait plus que moi et cet homme dans le noir. Une pièce assez grande à ce que m’apprenaient mes sens aiguisés.

-Qui êtes vous?! demandai-je, sur mes gardes.

-Je m’appelle…Leonardt.

Il sourit de nouveau, prit ma main et m’entraîna dans un escalier de pierres. Nous arrivâmes au dehors et je fus happée par l’air frais du soir…et la vision d’un désert devant moi.

-Où sommes-nous?! Comment avez-vous fait ça?!

Je n’en revenais pas, je ne comprenais pas. Un instant, j’allais brûler au bûcher et l’autre je me retrouvais dans un désert (D’Arabie Saoudite à ce qu’il me répondit). Devant nous s’étendait un grand marché animé et je remarquai que ses vêtements avaient changé pour s’agencer à ceux de la foule. Les miens étaient encore en lambeaux, léchés par les flammes dans le bas.

Leonardt ria et répondit, tout simplement :

-La question serait plutôt «quand sommes-nous?»!

Et devant mon air ahuri, il ria de plus belle. L’inconnu est une chose effrayante. Alors tenter de vous imaginer à quel point j’avais peur à ce moment. Mais une chose me rassurait, j’étais vivante. J’avais échappé au feu. Je devais la vie à cet homme. Et pour l’heure, sans lui offrir tout à fait ma confiance, je ne mordrais pas mon sauveur, si je puis me permettre d’en plaisanter.

C’est donc ainsi que je fis la connaissance de Leonardt, mon associé depuis ce jour. Lui et moi en sommes venus à la conclusion que nous avions tous deux de quoi intéresser l’autre. Moi dans ma maîtrise du feu et des esprits humains, dans mon éternité à rechercher de quoi m’occuper, lui dans son pouvoir de voyager dans le temps et l’espace, de pouvoir me divertir et me protéger, de pouvoir m’apprendre. Je n’étais plus seule. Et j’étais heureuse ainsi. Et à partir de ce jour, je changeai de nom comme je changeai de vie: de Julia Drusilla, je passai à Raven «Blood» -amusant nom de famille généreusement attribué par Leonardt (toujours aussi moqueur celui-là).

Leonardt gagna rapidement mon intérêt. Il pouvait faire n’importe quoi, être tellement imprévisible et surprenant! Je ne m’ennuyais jamais avec lui car il trouvait toujours à faire. Et si un endroit, voire une époque, ne me plaisait pas, et bien nous changions! À partir de ce moment, je me mis à voyager avec lui. Voyager partout, tout le temps, poser la question de «À quand allons-nous?» plutôt que «Où allons-nous?». Je pouvais faire un tour dans l’Histoire, aller où je voulais sans limites! Revenir dans le passé, franchir l’avenir! Essayer la mode de toutes les époques, intervenir dans les guerres de tous les pays! Car il faut dire que je me suis découvert une passion avec Leonardt : la confection d’armes. Que ce soit pour une arbalète, une épée, une dague, un revolver, ou alouette! Je dessine moi-même l’arme avant de la réaliser avec l’aide de Leonardt et sa touche «personnelle». Leonardt m’a d’ailleurs révélé qu’il a lui-même conçu Excalibur.

Ainsi, avec ses idées et mes distractions, nous avons fondé la Silver and Blood Armory, compagnie privée d’armes sur commande uniquement. La plupart des «joyaux» que je crée sont pour moi-même ou Leonardt. J’aime à changer d’arme le plus souvent qu’il m’est possible, ce qui fait qu’au fond les miens sont presque à utilisation unique. Une pour chaque «jeu» que j’invente, une pour chaque meurtre que je veux accomplir dans les règles de l’art. Car il s’agit d’un art, au point où j’en suis. Il me suffit de prononcer trois mots pour obtenir l’attention de Leonardt…

«I am bored»…«Je m’ennuie»…

Et l’aventure repart! On change de lieu, de continent, de siècle, d’époque!

Toutefois, j’ai décidé de mettre pied à terre pour un moment. J’ai trouvé un endroit charmant, un petit village bien tranquille dans l’Angleterre, (soi-disant le pays de Leonardt dont il m’a tant parlé!). Cet endroit s’appelle Moonshire, et comme le nom me semble amusant, je songeai m’y établir. J’imposai rapidement ma présence et me désignai comme la Comtesse Raven Redgrave, venue reprendre sa propriété. Il me fut aisé de m’inclure dans la communauté puisque ses humains ne peuvent en rien résister à mon pouvoir de persuasion. Mooshire me convient à merveille puisque j’y ai fait construire un manoir magnifique sur trois étages, spacieux, comprenant même un sous-sol. J’en fis rapidement mon atelier pour la Silver and Blood et me trouvai des domestiques. Je m’installai en tant que comtesse en effet, dans le luxe que je méritais et auquel j’aspirais depuis si longtemps. Après tout, c’est la moindre des choses pour la descendante d’un empereur romain!

Me voilà donc, aux abords de Londres, à diriger ma compagnie avec Leonardt. Les affaires vont bien. Nous ne prenons aucun parti et sommes prêts à fournir à n’importe qui en mesure de payer, que ce soit du bien, du mal ou n’importe quel but ou camp. Si toutefois nos armes sont mal utilisées, nous les reprenons. Sans rembourser. Et nous nous assurons de ne pas être mêlés à cette mauvaise utilisation.

Bref, que dire de plus sur moi? Hm…Je crois que trois mots suffisent encore :

Veni…Vidi…Vici.


Autre : Raven a vécu des moments où elle n’acceptait plus sa condition, détestait tuer, être une vampire, un monstre mais surtout, regrettait de ne pouvoir grandir. Elle en voulut à son maître un moment avant de véritablement s’accepter. Son corps de petite fille l’embête parfois et il lui arrive de rêver d’être aussi belle que ses mannequins, un corps adulte et désiré…elle se désole parfois de ne pouvoir connaître l’amour et la passion, d’avoir dû écrasé ses sentiments et se refroidir le cœur face à la réalité de son apparence d’enfant.

Bon, je crois avoir tout dit, pour renseignement, posez vos questions!


Dernière édition par Raven Redgrave le Mer 18 Aoû - 11:41, édité 2 fois
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Re: Qui suis-je? Appelle-moi «Raven»

Message  Darius Esdras le Lun 16 Aoû - 11:52

Wow, j'adore. Tu as raconté une histoire très détailée où l'on peux facilement comprendre le personnage tant la mise en situation des événements est bien réalisée. Tu es une excellente écrivaine je trouve. Smile

Pourtant, une question me titille...Je me doute que l'on peux assumer ce qui s'est passé, mais j'amerais bien savoir ce qui est arrivé aux précédents propriétaire du manoire de Moonshire.
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Re: Qui suis-je? Appelle-moi «Raven»

Message  Raven Redgrave le Mar 17 Aoû - 18:37

Waaah merci beaucoup pour ces éloges! De si beaux commentaires m'encouragent encore davantage à écrire de mon mieux! Merci ^_^

Mais pour répondre à ta question, c'est bien simple! Va revoir la première phrase de ma description du domaine et porte attention ^^ Il est écrit:

Raven s’est fait construire un grand manoir à son image

Voilà, il n'y a donc pas «d'anciens propriétaires», sinon je me serais fait un plaisir de raconter leur fin tragique...
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